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Polémique médicale sur le « dopage thérapeutique »

En octobre 2005, le skieur américain Bode Miller se fait remarquer en appelant à légaliser le dopage : « Sous la supervision d’un médecin ou de chercheurs, même un produit comme l’EPO pourrait minimiser le risque de problèmes de santé à long terme et éviter les risques de blessures. »

Deux mois plus tard, trois spécialistes en bioéthique et physiologie, Bengt Kayser, Alexandre Mauron et Andy Miah lui emboîtent le pas dans un article publié dans la revue médicale The Lancet. Les trois chercheurs soutiennent que « la guerre antidopage induit plus de problèmes de santé qu’elle n’en prévient » en maintenant les pratiques dopantes dans la clandestinité et considèrent qu’« un médecin du sport devrait être libre dans ses choix thérapeutiques afin de minimiser l’impact sur la santé de la pratique du sport de haut niveau » (Le Monde du 17 janvier). A l’instar du docteur Eufemiano Fuentes, soupçonné d’être au centre du vaste réseau de dopage sanguin démantelé à Madrid avant le Tour de France, plusieurs médecins qui préparent des athlètes professionnels invoquent un « dopage thérapeutique » pour atténuer les effets présumés néfastes du sport intensif sur la santé.

Ces prises de position ont suscité la réaction agacée du directeur médical de l’Agence mondiale antidopage (AMA), Alain Garnier, dans une lettre ouverte adressée mi-août « à ceux qui suggèrent un dopage médicalisé ». « Est-ce qu’un médecin confronté à des pratiques de torture devrait proposer une assistance médicale afin de les rendre moins destructrices pour l’individu ?, interroge le docteur Garnier. Evidemment non, mais ceux qui proposent un dopage médicalisé suivent pourtant la même logique erronée. »Directeur de l’Institut Baron Maurice de Rotschild pour la recherche et le traitement des addictions et membre du groupe prospective du Conseil de prévention et de lutte contre le dopage (CPLD), William Lowenstein plaide, lui, pour une « alliance thérapeutique » avec les sportifs qui se dopent.

« D’un point de vue sanitaire, un médecin ne peut pas cautionner le dopage thérapeutique, mais s’il se retrouve confronté, par exemple, à un patient qui se bourre de corticoïdes, il devrait pouvoir lui conseiller de prendre du potassium pour lui éviter une fibrillation ventriculaire et un risque de mort subite, estime William Lowenstein. Or, au nom de l’éthique sportive, on est trop dans le tout-répressif. » Le spécialiste des addictions compte des sportifs de haut niveau parmi les clients de sa clinique de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). « Comme on l’a fait par le passé avec les toxicomanes, il faut que les médecins trouvent une place d’alliance, de confiance, qui ne soit pas une place de complicité, estime William Lowenstein. Car il est nécessaire de développer, à côté de la répression et de la prévention, une politique de soins et de réduction des risques. »

Source et date de l’article  http://www.lemonde.fr/sport  29.09.2006

Auteur : Stéphane Mandard

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